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Structurer une politique d’achats responsables avec l’ISO 20400

Découvrez comment structurer pas à pas une politique d’achats responsables alignée sur l’ISO 20400 et la RSE de votre organisation. De la phase de diagnostic au pilotage par les indicateurs, transformez votre fonction achats en levier ESG stratégique.

Publié le 21 avril 2026

Comprendre ce qu’est une politique d’achats responsables

Une politique d’achats responsables consiste à intégrer le développement durable et les critères ESG dans l’ensemble de la chaîne achat : expression du besoin, sourcing, consultation, contractualisation, exécution et évaluation des fournisseurs.

Elle s’inscrit dans la démarche RSE globale (référentiel ISO 26000) et couvre les trois piliers :

  • Environnement : réduction de l’empreinte carbone, préservation des ressources, limitation des déchets.
  • Social : respect des droits humains, conditions de travail, inclusion, soutien à l’emploi local.
  • Gouvernance : éthique des affaires, transparence, gestion des risques, redevabilité.

L’objectif n’est pas seulement d’acheter des produits « verts », mais de transformer durablement la manière dont l’organisation conçoit, passe et pilote ses achats.

S’appuyer sur la norme ISO 20400 comme cadre de référence

La norme ISO 20400 est aujourd’hui le référentiel central pour structurer une politique d’achats responsables. Elle propose :

  • Des principes : redevabilité, transparence, comportement éthique, respect des droits humains.
  • Des lignes directrices pour intégrer le développement durable dans la stratégie achats, la gouvernance et les processus opérationnels.
  • Une articulation claire avec l’ISO 26000, afin d’aligner les achats sur la politique RSE globale.

Pour les directions achats, ISO 20400 sert de feuille de route : elle aide à cartographier les risques ESG par catégorie d’achats, formaliser des critères de sélection et d’évaluation des fournisseurs, et mettre en place une gouvernance dédiée (comité achats responsables, référents, plan d’actions).

Étape 1 : réaliser un diagnostic de maturité achats responsables

Avant de définir une politique, il est essentiel de mesurer la situation de départ. Un diagnostic de maturité couvre généralement :

  • La stratégie : existence d’engagements formalisés, lien avec la RSE, prise en compte des enjeux ESG.
  • Les processus : intégration ou non de critères environnementaux, sociaux et éthiques dans les procédures et modèles de documents.
  • Les outils : SI achats, référentiels fournisseurs, clauses types, grilles d’évaluation.
  • Les compétences : sensibilisation des acheteurs, formation aux enjeux ESG, capacité à analyser le coût global.
  • Les résultats : part de marchés intégrant des clauses RSE, part de fournisseurs locaux, niveau de maîtrise des risques.

Ce diagnostic peut s’appuyer sur des questionnaires internes, des entretiens avec les parties prenantes et une revue documentaire (contrats, cahiers des charges, indicateurs existants).

Étape 2 : définir des objectifs mesurables et alignés sur la RSE

Sur la base du diagnostic, la direction achats fixe des objectifs clairs, cohérents avec la stratégie RSE et les attentes réglementaires (dont la CSRD pour les grandes entreprises) :

  • Environnement : réduction des émissions liées aux achats, augmentation de la part de produits éco‑conçus, baisse des déchets et consommations.
  • Social : hausse de la part d’achats auprès de l’ESS, soutien à l’emploi local, exigences renforcées sur les conditions de travail dans la chaîne de valeur.
  • Gouvernance : généralisation de clauses éthiques, lutte contre la corruption, meilleure transparence sur les chaînes d’approvisionnement.
  • Économie : optimisation du coût global (TCO), réduction des non‑qualités et des risques de rupture.

Chaque objectif doit être associé à des indicateurs, une cible chiffrée et un horizon temporel (court, moyen, long terme).

Étape 3 : intégrer les critères ESG dans les processus et outils achats

La politique d’achats responsables se traduit concrètement dans les procédures et les documents utilisés au quotidien :

  • Expression du besoin : réflexion sur la juste quantité, la durée de vie, la réparabilité, la mutualisation des besoins.
  • Sourcing : identification de fournisseurs engagés, locaux, issus de l’ESS ou disposant de certifications pertinentes.
  • Appels d’offres : intégration de critères RSE pondérés, exigences minimales (clauses sociales, environnementales), demandes de preuves.
  • Contrats : clauses spécifiques sur les engagements ESG, les plans de progrès, les audits éventuels.
  • Évaluation fournisseurs : grille intégrant des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, avec suivi dans le temps.

Les outils (ERP, SRM, plateformes d’e‑sourcing) doivent permettre de tracer ces informations et de consolider les données nécessaires au reporting.

Étape 4 : former et mobiliser les équipes achats

Sans montée en compétences des acheteurs, la politique restera théorique. Il est donc indispensable de :

  • Sensibiliser aux enjeux ESG, aux attentes des parties prenantes et aux risques associés.
  • Former à l’analyse du coût global, à l’évaluation des fournisseurs sous l’angle RSE, à la lecture des labels et certifications.
  • Mettre à disposition des guides pratiques, modèles de clauses, check‑lists par famille d’achats.
  • Valoriser les réussites (projets pilotes, gains environnementaux et économiques) pour embarquer l’ensemble de la fonction.

Les prescripteurs internes (métiers, directions opérationnelles) doivent également être associés, car leurs choix influencent directement les achats.

Étape 5 : piloter la politique avec des indicateurs pertinents

Le pilotage repose sur un tableau de bord d’achats responsables, comprenant par exemple :

  • Taux de marchés intégrant des clauses RSE.
  • Part des achats réalisés auprès de fournisseurs locaux ou de l’ESS.
  • Évolution des émissions, consommations ou déchets liés à certaines catégories d’achats.
  • Niveau de couverture des risques ESG sur les segments critiques.
  • Économies générées grâce à l’approche coût global.

Ces indicateurs alimentent le reporting RSE et, le cas échéant, le reporting CSRD, en apportant une vision consolidée de la performance extra‑financière de la fonction achats.

Aller plus loin dans la mise en œuvre opérationnelle

Pour transformer ces principes en plan d’action concret, il peut être utile de s’appuyer sur un support structuré qui détaille les étapes, les outils et les exemples de KPIs, comme le propose ce guide dédié à la mise en œuvre d’une politique d’achats responsables.

Sources

  1. Mettre en place une politique achats responsables (support pédagogique 2024) — institut-superieur-environnement.com — 2024-04-01
  2. Mesurer les achats responsables (norme ISO 20400, ObsAR, Indiko) — decision-achats.fr — 2017-06-01
  3. ISO 20400 – Achats responsables : lignes directrices — iso.org — 2017-04-01
  4. ISO 20400 – Application de la responsabilité sociétale (ISO 26000) aux achats — iso.org — 2018-01-01
  5. Les achats responsables – Mise en œuvre de l’ISO 20400 (ouvrage ObsAR/AFNOR) — boutique.afnor.org
  6. Achats responsables – Engagements du groupe Legrand — legrand.com
  7. Achats durables à l’ASP – Chiffres clés 2024 — asp.gouv.fr — 2024-02-01
  8. Directive CSRD – Renforcement des obligations de reporting de durabilité — fr.wikipedia.org — 2022-12-14

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