Décarboner une cimenterie : par où commencer ?

La décarbonation du ciment impose d’agir simultanément sur le procédé et sur l’énergie, avec des choix d’investissement structurants. Cet article propose un cadrage simple pour aider un comité de direction à prioriser les premiers leviers à activer.

Publié le 19 mai 2026

Comprendre l’empreinte carbone du ciment

Le ciment est un secteur « hard-to-abate » : environ 60 % des émissions proviennent de la décarbonatation du calcaire dans le four, et 40 % de la combustion des combustibles nécessaires à la cuisson.

Cette double origine des émissions a deux conséquences majeures pour un comité de direction :

  • il ne suffit pas de « verdir » l’énergie, car une grande partie du CO₂ est intrinsèque au procédé ;
  • les solutions reposent sur un portefeuille de leviers, à combiner dans le temps selon leur maturité et leur intensité capitalistique.

Les quatre grands leviers techniques à maîtriser

1. Efficacité énergétique et modernisation des fours

L’optimisation énergétique reste le premier gisement « no regret » : amélioration du rendement des fours, récupération de chaleur fatale, optimisation de la préparation des matières premières, pilotage avancé du process.

Pour un comité de direction, l’enjeu est de :

  • cartographier les performances par site ;
  • identifier les investissements de modernisation à retour rapide ;
  • intégrer ces gains dans la trajectoire de réduction à 2030.

2. Substitution des combustibles fossiles

La montée en puissance des combustibles alternatifs (biomasse, CSR, déchets valorisables) permet de réduire les émissions liées à la combustion tout en limitant l’exposition aux prix des énergies fossiles.

Les décisions clés portent sur :

  • le niveau de taux de substitution visé par site et par horizon temporel ;
  • les investissements nécessaires (préparation des combustibles, stockage, systèmes d’alimentation) ;
  • le cadre réglementaire local et l’acceptabilité des parties prenantes.

3. Réduction du taux de clinker et ciments bas carbone

La réduction du taux de clinker dans le ciment (additions, ciments composés, LC3, gammes bas carbone) est un levier puissant, car elle agit directement sur la partie « procédé » des émissions.

Pour piloter ce levier, le comité de direction doit :

  • analyser la disponibilité locale des additions (laitiers, cendres, fillers calcaires, argiles calcinées) ;
  • définir une stratégie de portefeuille produits (gammes bas carbone, spécifications techniques, certifications) ;
  • anticiper les impacts sur la chaîne de valeur (béton, clients, normes).

4. Capture, stockage et valorisation du carbone (CCUS)

Les trajectoires net zéro montrent qu’au-delà des gains « conventionnels », l’atteinte des objectifs 2050 suppose un recours massif aux technologies de capture et stockage ou valorisation du CO₂.

Les questions stratégiques pour la direction sont :

  • quels sites sont les mieux positionnés pour accueillir des démonstrateurs CCUS (proximité de hubs, géologie, partenariats) ?
  • quel séquencement d’investissement est compatible avec la solidité financière du groupe ?
  • comment gérer le risque technologique et la dépendance aux infrastructures de transport et stockage ?

Construire une trajectoire crédible pour 2030 et 2050

Une trajectoire de décarbonation robuste combine :

  • des actions court terme « no regret » (efficacité, combustibles alternatifs, clinker bas) ;
  • des paris structurants sur les technologies de rupture (CCUS, électrification) ;
  • une intégration explicite dans la stratégie industrielle (choix de sites, capacité, mix produit).

Le comité de direction doit arbitrer entre plusieurs scénarios :

  • intensité capitalistique et profil de risque ;
  • rythme de déploiement par région ;
  • impacts sur la compétitivité et le positionnement commercial.

Gouvernance et pilotage : rôle du comité de direction

La décarbonation ne peut pas être traitée comme un simple projet technique. Elle doit être intégrée dans la gouvernance de l’entreprise :

  • fixation d’objectifs chiffrés par horizon (2025, 2030, 2040, 2050) ;
  • suivi d’indicateurs (intensité CO₂, part de ciments bas carbone, capex climat) ;
  • alignement de la rémunération variable des dirigeants sur l’atteinte des jalons clés.

Pour structurer ce travail, de nombreux comités de direction s’appuient sur une session dédiée de cadrage stratégique, qui permet de prioriser les leviers, challenger les hypothèses et formaliser une feuille de route ; c’est précisément l’objectif de ce type d’accompagnement, accessible via ce conseil dédié aux dirigeants.

Sources

  1. « Décarbonation ciment : CCS, clinker et nouvelles voies » — travail-industrie.com — 2026-05-18
  2. « Innovation technologique : CCU, CCS » (Heidelberg Materials France) — heidelbergmaterials.fr
  3. « Fabrication du ciment et empreinte CO2 » — infociments.fr
  4. « Les combustibles solides de récupération (CSR)... » — infociments.fr
  5. « Cement industry net-zero tracker – Net-Zero Industry Tracker 2023 » — weforum.org
  6. « Decarbonizing the Cement Industry: Technological, Economic, and Policy Barriers to CO2 Mitigation Adoption » — mdpi.com
  7. « Tout comprendre à la norme climat de la CSRD : l’ESRS E1 » — oui-act.com
  8. « FRANCE – CSRD au-delà des chiffres : note sur les premiers plans de transition climat » — wwf.fr — 2025-04-01